Se sentir étrange après l’accouchement. Ne plus se reconnaître. Avoir l’impression de perdre qui on était, tout en aimant profondément son bébé. Ces ressentis ont un nom : la matrescence. Et le fait de les nommer change absolument tout.
Un mot qui libère
La matrescence désigne la transformation neurologique, identitaire et émotionnelle que traverse une femme quand elle devient mère. Le terme a été développé par la chercheuse australienne Aurelie Athan dans les années 1970, mais il reste encore peu connu du grand public.
Comme l’adolescence est la transition entre l’enfance et l’âge adulte, la matrescence est la transition entre la femme que vous étiez et la mère que vous devenez. Et comme l’adolescence, elle peut être déstabilisante, douloureuse et transformatrice — souvent les trois en même temps.
Ce que la science dit
Des études en neurosciences ont confirmé ce que les femmes ressentent intuitivement : le cerveau des femmes se réorganise littéralement pendant la grossesse et le postpartum. Certaines connexions neuronales se renforcent — notamment celles liées à l’empathie, à la vigilance et à la lecture des émotions du bébé.
Vous ne perdez pas vos capacités cognitives. Vous en développez de nouvelles, orientées vers la survie et le bien-être de votre enfant. Ce « cerveau maternel » que certaines vivent comme une perte est en réalité une réorganisation.
Ce que vous pouvez ressentir
La matrescence peut se manifester de nombreuses façons. Ne plus se reconnaître dans le miroir, pas seulement physiquement mais dans qui on est. Ne plus savoir qui on est en dehors du rôle de mère. Regretter sa vie d’avant tout en aimant profondément son bébé — ces deux sentiments peuvent coexister et ne se contredisent pas. Se sentir étrangère à soi-même dans des situations familières. Avoir des doutes sur ses choix, sur sa façon de faire, sur si on fait assez bien.
Tout ça est normal. Tout ça est documenté. Et tout ça est temporaire.
La culpabilité de ne pas être heureuse tout le temps
Notre culture idéalise la maternité. Les photos sur les réseaux montrent des bébés qui dorment paisiblement et des mamans rayonnantes. Les récits valorisent les femmes qui « gèrent bien » et qui « reprennent vite ». Cette injonction au bonheur permanent est profondément violente pour les femmes qui traversent la matrescence.
Vous pouvez être une excellente mère et traverser des jours difficiles. Vous pouvez aimer votre enfant de façon inconditionnelle et avoir envie de retrouver une partie de vous qui existait avant lui. Ces deux réalités coexistent chez la majorité des mères.
Ce qui aide à traverser
Nommer ce que vous traversez est déjà un premier pas immense. Dire « je traverse la matrescence » plutôt que « je ne sais pas ce qui m’arrive » sort du registre du dysfonctionnement pour entrer dans celui de la transformation normale.
Garder au moins une activité qui vous appartient — lecture, musique, marche seule — quelque chose qui n’est pas « pour bébé ». Avoir des espaces pour parler sans devoir « aller bien ». Et se rappeler que ce vertige identitaire va s’apaiser. L’identité en reconstruction se stabilise, elle intègre la mère que vous devenez sans effacer la femme que vous étiez.
Quand consulter un professionnel
Si la tristesse persiste au-delà de deux semaines, si vous ressentez une incapacité à fonctionner au quotidien ou à prendre soin de vous, parlez-en à votre sage-femme ou votre médecin. La dépression postpartum se traite et consulter n’est pas un aveu de faiblesse.
En tant que doula dans les Ardennes, j’accompagne les femmes dans cette transformation identitaire avec douceur et sans jugement. Téléchargez ma checklist postpartum gratuite pour ne pas traverser cette période seule.
Céline Hubert — Doula & photographe maternité — celinehubert.fr — Ardennes
